Brice AHOSSA 

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« Entretiens, idées et actualités – le blog de Brice Ahossa » est un espace officiel de partage où je partage avec vous réflexions, échanges et actualités. Un lieu pour parler simplement des sujets qui nous concernent tous, avec sérieux et sincérité.

6 Apr 2026

 « La jeunesse ne demande pas à être représentée dans les discours, mais reconnue dans les structures »

Entretien exclusif avec Brice Ahossa sur les projets de société et la place de la jeunesse dans la présidentielle du 12 avril 2026 au Bénin.  

La jeunesse béninoise est-elle réellement au cœur des projets de société ou simplement au cœur des discours ? À l’approche de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, la question s’impose dans un contexte marqué par le chômage, les défis de formation et les attentes en matière de participation citoyenne.Entre promesses politiques et réalités, un doute persiste : s’agit-il d’une véritable volonté de transformation ou d’une rhétorique électorale ?

Dans cet entretien, Brice Ahossa, Président du Cercle des Jeunes Activistes pour le Développement, propose une analyse lucide des projets en présence, interrogeant leur crédibilité et la place réelle accordée aux jeunes dans les décisions.

Invité sur le forum ÌMANLÈ-ÌLÙ – INTELLIGENTSIA DE DASSA, le 05 avril 2026, il pose une question centrale : sans confiance démocratique et sans implication réelle des jeunes, ces projets peuvent-ils produire des effets durables ?

Propos recueillis en ligne par la cellule de communication de Brice Ahossa.


Modérateur: Bonsoir chers tous. 

Notre traditionnelle causerie ÌMANLÈ-ÌLÙ continue son petit bonhomme de chemin. 

À l’approche de l’élection présidentielle du 12 avril 2026 au Bénin, le débat public s’intensifie autour des projets de société portés par les différents duos candidats, notamment ceux constitué par Romuald Wadagni et Mariam Chabi Talata d’une part, et celui de Paul Hounkpè et Judicaël Hounwanou d’autre part. 

La jeunesse béninoise représentant à la fois une force démographique, un vivier de compétences et un acteur clé du développement socio-économique, la question de la place qui lui est accordée dans ces projets devient centrale.

Face aux défis du chômage, de l’accès à une éducation de qualité, de l’entrepreneuriat et de la participation citoyenne, les attentes des jeunes sont nombreuses et pressantes. 

Les projets de société proposés par les candidats répondent-ils réellement à ces aspirations ? 

Avec notre invité, nous allons nous intéresser à la question.

Bonsoir cher invité. 

Soyez la bienvenue sur ÌMANLÈ-ÌLÙ !

Merci de vous présenter aux membres de notre prestigieux forum INTELLIGENTSIA DE DASSA.

Brice Ahossa: Bonsoir à tous⁩ . Cher modérateur bonsoir.

Je suis Brice Ahossa. Ici, Président du Cercle des Jeunes Activistes pour le Développement. Merci pour l'invitation, la deuxième, je crois, sur ce forum.

Modérateur: Sans transition cher invité, le projet de société dans le contexte d’une élection présidentielle: qu'est-ce que c'est ?

Brice Ahossa: Déjà, permettez-moi de commencer par dire ce qu'il n'est pas. Le projet de société, ce n'est pas une liste qu'on établit en fonction des orientations populistes du moment. Il est la vision globale qu’un candidat propose pour le pays. Il exprime une certaine conception de l’État, de l’économie, de l’éducation, de la justice sociale, de la gouvernance et du développement. Dans une élection présidentielle, il permet donc aux citoyens d’évaluer non seulement des personnes, mais aussi des orientations de fond afin d'opérer des choix rigoureux, capables de faire progresser le pays.

Modérateur: Pourquoi est-il important d’analyser les projets de société des candidats ?

Brice Ahossa: Déjà parce qu’un vote responsable ne doit pas se fonder uniquement sur l’émotion, l’appartenance partisane ou le charisme des candidats. L’examen des projets permet d’apprécier la cohérence des propositions, leur faisabilité, leur pertinence par rapport aux besoins du pays et leur capacité réelle à répondre aux attentes sociales. Pour la jeunesse en particulier, cette analyse est décisive, car elle touche directement aux questions d’emploi, de formation, d’accès aux opportunités et de participation à la vie publique. Des questions essentielles et existentielles sans solutions rigoureuses jusqu'à nos jours dans notre pays malgré les efforts. C'est une analyse capitale dans le choix de ceux qui vont nous représenter.

Modérateur: À votre avis, la jeunesse est-elle une priorité dans les débats politiques actuels ?

Brice Ahossa: Dans les discours, oui.Les thèmes de l’éducation, de la formation, de l’emploi, de l’innovation, de l’entrepreneuriat et du numérique reviennent régulièrement dans les prises de parole publiques, surtout dans les discours de campagne actuellement. Toutefois, il faut distinguer la place accordée à la jeunesse dans les discours et la place réellement structurante qu’elle occupe dans les politiques proposées. Être souvent mentionnée ne signifie pas encore être traitée comme une priorité pleinement opérationnelle. On peut mentionner plusieurs fois votre nom dans des projets dans lesquels vous n'avez jamais été impliqué concrètement.

Modérateur: Cher invité, les projets présentés par les duos candidats prennent-ils réellement en compte les préoccupations de la jeunesse béninoise ?

Brice Ahossa: Oui, dans une certaine mesure. Les grandes préoccupations de la jeunesse béninoise, telles que l’emploi, la qualité de la formation, l’insertion professionnelle, l’accès au financement, l’innovation et la participation à la gouvernance, apparaissent dans les orientations publiques mises en avant par les candidats. Le duo Wadagni-Talata insiste fortement sur le capital humain, les compétences technologiques, les hubs de formation et l’articulation entre éducation et économie. De son côté, le duo Hounkpè-Hounwanou met davantage l’accent sur une gouvernance recentrée sur le citoyen, la qualité de l’éducation, l’adéquation formation-emploi et la correction de déséquilibres sociaux. Donc oui, toute l'isotopie de leur discours est construite autour des préoccupations de la jeunesse béninoise.

Modérateur: Existe-t-il des différences significatives entre les propositions des différents duos concernant les jeunes ?

Brice Ahossa: Oui, il existe des différences de logique politique. Et je vais vous dire pourquoi. Le projet porté par Wadagni-Talata s’inscrit dans une dynamique de continuité, avec une insistance sur l’accélération de la modernisation, le développement technologique, la formation de pointe et la compétitivité. Le projet de Hounkpè-Hounwanou se présente davantage comme une alternative, en mettant en avant un diagnostic critique de l’action publique récente et en plaidant pour une gouvernance plus centrée sur le citoyen et plus attentive à la dimension sociale. La différence n’est donc pas seulement programmatique ; elle est aussi philosophique.

Modérateur: Les promesses faites aux jeunes vous semblent-elles réalistes et réalisables ?

Brice Ahossa: Sur le principe, plusieurs propositions sont réalistes, car elles portent sur de vrais besoins : formation qualifiante, insertion professionnelle, entrepreneuriat, innovation, adéquation entre l’école et le marché du travail. Mais leur réalisme ne peut être jugé sérieusement qu’à partir de trois critères : les moyens financiers ( c'est capital), le calendrier d’exécution (Quand?) et les mécanismes de suivi. Une promesse peut être pertinente dans son intention et faible dans son application. C’est pourquoi il faut toujours distinguer la justesse du diagnostic de la crédibilité de la mise en œuvre.

Modérateur: Comment les candidats envisagent-ils d’intégrer les jeunes dans la gouvernance ?

Brice Ahossa: À ce stade, les éléments publics disponibles insistent davantage sur l’autonomisation économique, la formation et l’insertion que sur une doctrine très détaillée de participation des jeunes à la gouvernance. Autrement dit, les jeunes apparaissent souvent comme bénéficiaires de politiques publiques, mais pas toujours comme acteurs institutionnels à part entière. C’est un point important : une véritable politique de jeunesse ne devrait pas seulement aider les jeunes à s’insérer, mais aussi leur ouvrir davantage les espaces de décision, de représentation et de contrôle citoyen. S'il faut avouer que de nombreux efforts ont été faits lors des élections municipales passées par les partis politiques, il faut non plus oublier que si le voyage devait avoir lieu, il s'agit d'un demi-pas qui a été posé, il en faudra un pas complet, que dis-je, plusieurs pas complets.

Modérateur: Cher invité, les projets abordent-ils efficacement le problème du chômage des jeunes ?

Brice Ahossa: Ils abordent clairement la question, mais l’efficacité reste à prouver. Le problème de l’emploi des jeunes au Bénin ne se limite pas au chômage au sens strict ; il concerne aussi le sous-emploi, l’informalité et la faible sécurisation des parcours professionnels. Les réponses sérieuses doivent donc dépasser les slogans et préciser les secteurs porteurs, les types de formation, les dispositifs d’accompagnement, l’accès au crédit, ainsi que les mécanismes d’insertion durable. Sur ce point, les orientations existent, mais leur degré de précision demeure inégal.

Modérateur: Quelles solutions sont proposées pour améliorer l’accès des jeunes à une éducation de qualité ?

Brice Ahossa: Les solutions publiquement mises en avant tournent autour du renforcement de l’éducation, de l’amélioration de la qualité des apprentissages, de la professionnalisation des parcours, de la revalorisation de la formation technique et professionnelle, et d’une meilleure adéquation entre la formation et les besoins de l’économie. Le duo Wadagni-Talata met particulièrement en avant les hubs de formation, les compétences technologiques et l’ouverture vers des filières d’avenir. Paul Hounkpè insiste de son côté sur l’accès universel, la qualité des apprentissages, la revalorisation des enseignants (plus de AME) et l’adéquation formation-emploi.

Modérateur: Et l’entrepreneuriat des jeunes, quelle place lui est accordée ?

Brice Ahossa: L’entrepreneuriat occupe une place importante dans les discours, ce qui est logique dans un contexte où le secteur public ne peut absorber à lui seul la demande d’emplois. Mais il ne suffit pas d'encourager l’entrepreneuriat. Il faut aussi créer les conditions de sa viabilité : accès au financement, accompagnement technique, formation à la gestion, accès au marché, sécurisation de l’environnement économique et réduction des obstacles administratifs. Sans cela, on risque de transformer l’entrepreneuriat en simple mot d’ordre, c'est presque le cas déjà, alors qu’il devrait être un véritable levier de structuration économique.

Modérateur: Les questions liées à la formation professionnelle et à l’innovation sont-elles suffisamment prises en compte ?

Brice Ahossa: Elles sont bien présentes, surtout dans le projet Wadagni-Talata, où l’accent est très nettement mis sur la technologie, les compétences numériques, l’intelligence artificielle, la science des données et les hubs de formation comme je l'ai dit haut. Plus largement, les documents publics disponibles sur les politiques béninoises montrent déjà un intérêt structurel pour la modernisation de l’enseignement et de la formation technique et professionnelle. On peut donc dire que ces questions sont prises au sérieux, même si la couverture territoriale, l’égalité d’accès et la prise en compte des publics les plus vulnérables demeurent des défis.

Modérateur: Cher Cher invité, quelles sont les principales attentes de la jeunesse béninoise aujourd’hui ?

Brice Ahossa: Les attentes majeures de la jeunesse béninoise sont connues : accéder à un emploi digne, bénéficier d’une formation utile, obtenir de vraies opportunités d’insertion, accéder plus facilement au financement, être davantage associée à la décision publique, et trouver une perspective de stabilité et de mobilité sociale. Le besoin n’est donc pas seulement économique ; il est aussi civique, social et symbolique. Les jeunes demandent à être considérés comme une force de construction nationale et non simplement comme une catégorie à mobiliser pendant les campagnes.

Modérateur: Les projets de société répondent-ils réellement à ces attentes ?

Brice Ahossa: Ils y répondent partiellement. Ils abordent les thèmes essentiels, notamment l’éducation, la formation, l’emploi et l’entrepreneuriat. En cela, on ne peut pas dire que la jeunesse est absente des projets. En revanche, plusieurs points restent souvent traités de façon générale : la qualité réelle des emplois proposés, l’accompagnement après la formation, les inégalités territoriales, la situation spécifique des jeunes femmes, ou encore la participation institutionnelle des jeunes. Les projets répondent donc à certaines attentes, mais pas encore avec le même niveau de précision sur tous les fronts.

Modérateur: Quels sont , s'il y en a les points faibles des propositions faites aux jeunes ?

Brice Ahossa: Le premier point faible tient souvent au manque de précision opérationnelle. Beaucoup d’orientations sont pertinentes, mais toutes ne sont pas accompagnées d’indicateurs clairs, d’échéances précises ou de modalités concrètes d’exécution. Le deuxième point faible est la tendance à parler de “la jeunesse” comme d’un bloc homogène, alors qu’il existe des réalités très différentes selon le niveau d’études, le genre, le territoire, le statut professionnel ou le milieu social. Enfin, la dimension politique de l’intégration des jeunes à la gouvernance paraît moins développée que la dimension économique.

Modérateur: Que manque-t-il dans les programmes des candidats concernant la Jeunesse ?

Brice Ahossa: Il manque surtout des engagements plus mesurables, plus adaptés aux différentes zones , surtout celles les plus reculées et surtout de façon plus différenciés. Il serait utile d’avoir, par exemple, des objectifs chiffrés en matière de formation, d’insertion, de financement de projets, d’accès aux outils numériques ou d’intégration dans les espaces de gouvernance locale et nationale. Il manque aussi, dans l’espace public accessible, une réflexion plus détaillée sur certaines dimensions concrètes de la vie des jeunes : coût de la vie, logement, vulnérabilités spécifiques, égalité des chances entre villes et campagnes, et suivi indépendant des politiques annoncées.

Modérateur: Des propositions et recommandations aux candidats ?

Brice Ahossa: Je recommanderais aux candidats de rendre leurs engagements plus vérifiables, plus chiffrés et plus proches des réalités territoriales. Il leur faudrait également mieux articuler éducation, formation technique, emploi, entrepreneuriat, agriculture, numérique et financement. Enfin, je leur suggérerais d’aller plus loin dans la participation politique des jeunes, en créant de véritables mécanismes d’écoute, de consultation, de responsabilité et d’évaluation. Une bonne politique de jeunesse ne se limite pas à l’annonce de mesures ; elle suppose une architecture durable de confiance et de résultats.

Modérateur: Des conseils et orientations à la jeunesse ?

Brice Ahossa: Le premier conseil à donner à la jeunesse est de ne pas s’arrêter aux slogans. Il faut comparer les projets, examiner leur cohérence, interroger leur faisabilité et observer si les propositions correspondent réellement aux besoins du terrain. Le second conseil est de participer à la vie démocratique avec lucidité, responsabilité et esprit critique. La jeunesse doit comprendre qu’elle ne doit pas seulement être une force électorale ; elle doit aussi être une force de proposition, de veille citoyenne et de transformation sociale. Nous sommes capables de beaucoup de choses que nous banalisons.

Modérateur: Merci cher invité.

Nous sommes à la fin de la première partie de ce numéro de notre causerie causerie ÌMANLÈ-ÌLÙ.

Place aux questions reçues en inbox.

Brice Ahossa: C'est moi qui vous remercie


Question 1: Après analyse des projets de société des duos, lequel mérite le crédit de la jeunesse ?

Brice Ahossa: Avant de désigner un « meilleur projet », il faut se demander : les citoyens croient-ils encore pleinement au processus électoral ? Une partie de l’opinion exprime des doutes, certains parlant même d’un « match déjà joué ». Cela traduit une question de confiance qui dépasse les programmes eux-mêmes. Sur le fond, si l’on s’en tient aux projets, celui porté par Romuald Wadagni et Mariam Chabi Talata apparaît plus structuré et plus organisé, notamment sur la formation, le numérique et l’insertion des jeunes. Mais au-delà des contenus, la véritable question reste celle de la confiance démocratique : sans elle, aucun projet, même solide, ne peut pleinement mobiliser la jeunesse.

Question 2: Sur quels paramètres officiels ou officieux pourrait on agir pour contraindre les candidats à se conformer autant que possible à leurs projets, une fois élus?

Brice Ahossa: Le Président Patrice Talon rappelait en 2021 que l’élection d’un dirigeant repose largement sur une forme de foi : foi en la personne, en ce qu’elle promet et en ce qu’elle prétend vouloir faire. Mais, au-delà de cette confiance initiale, se pose toujours la question de la tenue effective des engagements. Je ne suis pas sceptique, mais je pense que nous ne serons jamais assez « intelligents » pour contraindre pleinement des responsables politiques à agir selon des convictions qu’ils n’avaient pas au départ. Malheureusement, nous semblons être parvenus à un stade où l’entrée en politique relève parfois moins d’un engagement de conviction que d’une adaptation aux logiques du système. Dans ce contexte, le principal levier qui demeure est le droit de vote. Or, comme on le sait, ce droit lui-même ne fait pas toujours l’unanimité quant à sa crédibilité. Une question légitime se pose : si, malgré tout, des formes de progrès restent possibles, pourquoi ne pas continuer à y croire et à agir dans ce sens ?

Question 3: La jeunesse béninoise fait-elle confiance au processus électoral ?

Brice Ahossa: Le processus électoral en 2026 commence par un fait majeur : le filtrage des candidatures, qui aboutit à un nombre très limité de duos en lice. Ce point, bien qu’inscrit dans les règles en vigueur, nourrit chez une partie de la jeunesse le sentiment d’un espace politique restreint. À partir de là, le doute s’installe : quand l’offre politique paraît limitée en amont, la confiance dans le choix final peut être affectée en aval. Pourtant, malgré ces interrogations, la participation et l’attention portée à l’élection montrent que la rupture n’est pas totale.

Modérateur: Merci cher invité.

Quel est votre mot de fin ?

Brice Ahossa: La jeunesse ne demande pas à être représentée dans les discours, mais reconnue dans les structures. C’est à ce passage que se mesure la vérité d’un projet. Merci beaucoup à vous pour l'invitation et merci à tous les membres du forum pour le forum.

Modérateur: Fin de notre causerie ÌMANLÈ-ÌLÙ numéro 144.

Merci à notre invitée pour sa disponibilité.

Merci aux membres du staff ÌMANLÈ-ÌLÙ.


24 May 2025

«Le Bénin pleure, la jeunesse doit agir» Entretien exclusif avec Brice Ahossa sur la lutte contre le terrorisme au Nord-Bénin.

Le terrorisme au Nord-Bénin : Une guerre qui ne pourra être gagnée sans la jeunesse. Mais à quel prix ? Découvrez une analyse sans détour de Brice Ahossa, Président du Cercle des Jeunes Activistes du Bénin, sur les causes, les conséquences et l’engagement nécessaire de la société face à cette menace grandissante.  Invité sur le forum ÌMANLÈ-ÌLÙ INTELLIGENTSIA DE DASSA, le Dimanche 18/05/2025, le jeune activiste sans langue de bois nous livre de nombreux secrets.

Propos recueillis en ligne par la cellule de communication de Brice Ahossa.


Modérateur: Bonsoir chers tous. Le terrorisme: une menace omniprésente dans le monde d’aujourd’hui, est la source de souffrances humaines incommensurables. Ce phénomène sévit de plus en plus dans le nord de notre pays. Comment les jeunes peuvent-ils contribuer à la lutte contre le terrorisme au nord-Bénin ? Avec notre invité, nous allons nous intéresser à cette question. Bonsoir cher invité. Soyez la bienvenue sur ÌMANLÈ-ÌLÙ. Merci de vous présenter aux membres de notre prestigieux forum INTELLIGENTSIA DE DASSA.


Brice Ahossa : Bonsoir à toutes et à tous. Bonsoir cher invité. Merci pour l’invitation et pour l’attention portée à ma modeste personne.Je suis Brice Ahossa, ici, Président du Cercle des Jeunes Activistes pour le Développement. Avant tout propos,je tiens à notifier que je ne suis ni chercheur en géopolitique, ni spécialiste des questions de sécurité. Je suis un jeune citoyen béninois, écrivain et étudiant engagé. Ce que je partage ici n’est pas une expertise, mais une parole sincère, née de l’écoute du réel et de l’espoir que, collectivement, nous pouvons faire reculer la peur.


Modérateur: Sans transition cher invité, le terrorisme: qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce qui le caractérise ?


Brice Ahossa : Le terrorisme, c'est l'usage systématique de la violence, souvent dirigée contre des civils, dans le but d’installer la peur et de faire pression sur des États ou des sociétés. Ce qui le distingue, c’est qu’il ne cherche pas à remporter une guerre traditionnelle, mais à frapper les esprits, à briser les repères symboliques d’un peuple pour mieux l’affaiblir. Il cherche à installer un climat éternel d'absence de paix en créant une psychose au sein des esprits.


Modérateur: Quelles sont les causes du terrorisme ?


Brice Ahossa : Elles sont nombreuses. Mais je pourrais citer quelques unes...Au plan socio-économique nous avons la pauvreté endémique, le chômage de masse, les inégalités flagrantes. Au plan politique, nous avons le sentiment d’exclusion même si ce n'est pas forcément le cas(le discours joue tout, le narratif), la répression, le déficit démocratique. Au plan religieux et identitaire nous avons les manipulations dogmatiques, les fractures communautaires. Au plan géographique : porosité des frontières, déserts institutionnels.Mais au fond, le terreau commun, c’est l’humiliation. C’est le vide de sens. Quand une société ne propose plus d’avenir, certains vendent la mort comme seul horizon.


Modérateur: Quels en sont les objectifs ?


Brice Ahossa : Les terroristes veulent déstabiliser, imposer leur narration, instaurer une insécurité psychologique. Chaque attentat lance un message qui retentit dans les tympans : « Vous n’êtes plus en sécurité nulle part. » Leur but ultime ? Rompre la confiance entre les citoyens et leurs institutions. Parfois, j'ai le sentiment que c'est plus une lutte contre l'État central que contre les populations.


Modérateur: Et ses conséquences, quelles sont-elles?


Brice Ahossa : Les morts, les blessures, les traumatismes silencieux au plan humain. Du côté de l'économie, la fuite des investisseurs donc, le désinvestissement, le recul du tourisme, insécurité alimentaire. Au plan social, nous avons la montée des méfiances, les stigmatisations communautaires s'amplifient. Les politiques sont obligés de durcir la sécurité, parfois au prix des libertés. Mais la pire des conséquences, c’est peut-être l’habitude. L’indifférence. Quand les morts deviennent des statistiques.


Modérateur: Cher invité, le terrorisme : est-ce une fatalité, ou un mal qui peut être combattu et éradiquer ?


Brice Ahossa : Il y a solution à tout mal dont on a connaissance des causes.Donc ma réponse c'est NON. Il n’est ni naturel, ni inévitable. C’est un mal fabriqué, donc un mal que l’on peut déconstruire. Mais cela exige une approche globale : militaire, certes, mais aussi sociale, culturelle, éducative. Il faut s’attaquer aux causes autant qu’aux symptômes.


Modérateur: Quels sont les moyens de lutte contre ce phénomène ?


 Brice Ahossa : Au plan sécuritaire, l'État central s'investit déjà, il s'agit entre autres des renseignements, le contrôle des frontières et la coopération militaire. Le Burkina, le Bénin et le Niger ont choisi malheureusement de sacrifier la jeunesse actuellement. Sinon, même les pires adversaires face à un ennemi commun, s'unissent pour le combattre d'abord. Au plan éducatif , l'école partout, déradicalisation, éveil à la pensée critique, je propose même qu'on insère un cours d'endoctrinement s'il le faut sur l'idée de la nation, de la République et du respect qu'on doit lui vouer. Au plan social, la justice doit être justice, de l'emploi, et de l'inclusion. Culturel : il faut raconter d’autres récits, valoriser les voix de paix. Et surtout : investir dans la jeunesse. Là où il y a du vide, le terrorisme s’infiltre sévèrement même !


Modérateur: Quid du terrorisme au nord-Bénin ?


Brice Ahossa : Mon âme pleure, mon cœur saigne. C’est une réalité douloureuse, encore récente. Le Nord a longtemps été une presque terre oubliée , où l’État n’existait que sur les cartes. Et aujourd’hui, l’ombre du terrorisme y prospère sur ce vide historique. Le Nord n’a pas seulement besoin d’armes. Il a besoin de routes, d’eau, d’écoles, de justice. Il a besoin d’espérance. Le gouvernement est sur la voie, mais il en faut plus, il en faut plus, il faut de l'équilibre. Je serai à la place du Président de la République, j'irais construire une nouvelle Marina quelque part où sévit plus le terrorisme. C'est une manière de rassurer la population, et en même temps, de combattre ce mal, sans foi ni loi.


Modérateur: Pourquoi est-il nécessaire que toutes les composantes de la société mettent la main à la pâte pour lutter contre ce phénomène qui semble devenir grandissant ?


Brice Ahossa : Parce que d'abord c'est un fléau qui ne laissera de côté aucune composante de la société s'il s'amplifie et devient incontrôlable. Parce que le terrorisme ne fait pas de distinction. L’imam, le professeur, le chef du village, l’artiste, le parent, l’étudiant… chacun a un rôle. C’est un combat collectif, une bataille culturelle. Et l’on ne gagne pas ce genre de guerre avec des silences ou de l'indifférence.


Modérateur: Cher invité, comment les jeunes peuvent-ils contribuer à la lutte contre le terrorisme au nord - Bénin ?


Brice Ahossa : Il faut avoir le courage de poser le vrai problème : si les terroristes savent où sont les militaires, c’est bien parce que l’information vient de quelque part - et souvent, elle vient de la population elle-même. Cela ne veut pas dire que nos populations soutiennent massivement le terrorisme, non. Mais cela traduit un malaise profond, un désamour, parfois une colère silencieuse envers l’État central. Et sur le terrain, la seule représentation visible de cet État, c’est l’armée. Quand la confiance est rompue, quand l’État est perçu comme lointain ou oppressif, certains finissent par voir dans les terroristes des alternatives, ou du moins, des moindres maux. Il est donc urgent de réparer cette fracture. Et cela, seule une approche communautaire peut y parvenir. La jeunesse, les organisations locales, la société civile doivent se positionner comme trait d’union, comme force de réconciliation entre les forces de sécurité et les populations. C’est par le lien humain qu’on reconstruira la sécurité durable. J'insiste sur la jeunesse, parce qu'on la voit sur des projets, qui même sont d'une utilité, n'auraient aucun sens si la paix est menacée. Elle doit rétablir la confiance entre l'armée et les populations. Ça a l'air fort ce que je dis, mais c'est une triste réalité qu'il faudra absolument penser grandement afin de trouver une solution à ce que nous vivons. Comment y parvenir, il faut discuter avec les populations, sincèrement, il faut des ambassadeurs, il faut agir.


Modérateur: Des conseils et recommandations ?


Brice Ahossa : Ne jamais laisser le désespoir s’installer. Refuser la haine comme boussole. Se former, s’informer, s’organiser. Et surtout, ne pas banaliser la violence. Ne plus partager les vidéos et photos des scènes sur les réseaux sociaux. Chaque mort, chaque attaque doit nous réveiller, pas nous endormir. Nous vaincrons !


Modérateur : Merci cher invité.Qu'est-ce que le Cercle des jeunes activistes pour le développement ?


Brice Ahossa : C’est une organisation que j’ai fondée en 2022 pour que les jeunes ne soient plus de simples bénéficiaires, mais de véritables acteurs de changement. On forme, on sensibilise, on agit sur le terrain. C’est un espace d’engagement, ancré dans nos réalités locales, mais résolument tourné vers l’avenir. Nous sommes sur Facebook où on peut retrouver nos activités passées et celles à venir. CJAD-Cercle des Jeunes Activistes pour le Développement. Vous pouvez nous rejoindre.


Modérateur: Dieu fume t-il ? Parlez nous de votre ouvrage Dieu est fumeur.


Brice Ahossa : Ce titre est une provocation douce. Le livre est en réédition actuellement. Le livre a parcouru les maux qui gangrènent notre société. Un récit mystique et mystérieux par contre a donné son titre à tout l'ouvrage. Même après plusieurs exemplaires vendus, les lecteurs n'ont jamais réussi à exposer le contenu de ce récit au public. Ce n'est pas moi qui le ferai. Ce serait me trahir moi-même et mes lecteurs.


Modérateur: Merci cher invité. Nous sommes à la fin de la première partie de ce numéro de notre causerie ÌMANLÈ-ÌLÙ. Place aux questions reçues en inbox. À qui incombe la responsabilité d'associer les jeunes à la lutte contre le terrorisme ?


Brice Ahossa : Je crois que la responsabilité est partagée, mais elle commence par l’État, qui doit impliquer les jeunes dans ses politiques de sécurité et de développement. Elle revient aussi à la société civile et aux organisations de jeunesse, qui doivent sensibiliser, former et mobiliser. Enfin, les jeunes eux-mêmes ont un rôle crucial : refuser la haine, créer du lien, agir dans leur localité. Comme j'ai eu à le notifier ici, c’est une lutte collective, mais sans la jeunesse, elle est perdue d’avance.


Modérateur: Qu'est-ce qui différencie le Terrorisme du Djihadisme ?


Brice Ahossa : Le djihadisme est une forme de terrorisme. C’est une idéologie radicale fondée sur une vision extrême bancale de la religion musulmane. Les djihadistes veulent généralement établir un État islamique basé sur leur interprétation rigoriste de la charia. Pour faire court, tous les djihadistes sont des terroristes. Mais tous les terroristes ne sont pas djihadistes. Le terrorisme est plus large, tandis que le djihadisme en est une branche spécifique à connotation religieuse.


Modérateur: Qui sont ceux qui constituent les groupes terroristes ?


Brice Ahossa : Il y a ceux qui formulent les discours extrémistes et manipulent les croyances.Les chefs militaires, anciens combattants, parfois formés, qui organisent les attaques. De jeunes enrôlés, souvent pauvres, sans repères, parfois forcés ou séduits par de fausses promesses (argent, pouvoir, paradis...). Et de relais locaux, informateurs, complices, parfois issus des communautés, qui facilitent l’action du groupe. Ce sont des personnes différentes, mais réunies par un même projet : semer la peur et déstabiliser.


Modérateur: Quel est votre mot de fin ?


Brice Ahossa : Merci à toutes et à tous pour votre attention. Le terrorisme, comme beaucoup de fléaux, n’est jamais sans racines. Il prospère là où l’ombre dure, là où les intérêts se croisent, là où certaines mains, invisibles mais bien réelles, tirent profit du désordre. Il ne se finance pas tout seul, ne s’arme pas tout seul, ne se déplace pas sans appuis. Posons les bonnes questions : qui y gagne vraiment ? À qui profite le chaos ? Nous connaissons tous, au fond, une partie de la réponse. Mais au lieu de baisser les bras, que cela nous réveille. Car ceux qui sèment la peur espèrent notre silence. Et tant que nous parlerons, tant que la jeunesse se lèvera pour défendre la paix, ils n’auront pas le dernier mot. Ce fut un réel plaisir, merci à vous cher modérateur, je corrige, je vous ai appelé invité au début sous le coup du stress 😊😂


Modérateur: Fin de notre causerie ÌMANLÈ-ÌLÙ numéro 105.

Merci à notre invité pour sa disponibilité.

Merci aux membres du staff ÌMANLÈ-ÌLÙ.

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